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« Bokassa, la chute d'un tyran » de Dominique Secher06/09/2012
« Bokassa, la chute d'un tyran » de Dominique Secher
Atmosphère veloutée, lumière caressante, couleurs mordorées, la série photographique «Bokassa, la chute d’un tyran» de Dominique Secher, prise dans la dernière résidence de Bokassa en France, révèle un lieu où l’Histoire s’est figée, un lieu au passé exceptionnel où le temps est suspendu.

Pire, tel un conte fantastique achevé brutalement, les courtisans ont fui et ont laissé se faire piétiner les photos du héros, prises à l’apogée de leur gloire passée.

Derrière le décor suranné, les téléviseurs cassés, les ordinateurs empilés, les tapisseries dégradées, déchirées, les paillettes aujourd’hui ternies laissent imaginer le faste de l’empereur ubuesque, ex-ami de la France. Laissé soudainement à l’abandon, tombé en désuétude, le château de Hardricourt est resté seul témoin de ce président africain, qui s’était fait sacré empereur un 4 décembre 173 ans après Napoléon, et avec lui d’une page de l’histoire de la Françafrique. Les photographies de Dominique Secher sont une ode au faste passé de la contribution artistique et financière française à ce sacre, à l’exil de quatre ans en France qui finira par une condamnation à mort par contumace.

Le génie de Dominique Secher est là : Immortaliser ce moment éphémère qui suit l’envol, la fuite, transmettre la tension quasi palpable, donner forme à ce moment pivot à la fois serein et menaçant où tout bascule. Dominique Secher est le photographe de l’instant qui pour la première fois s’intéresse à l’altérité radicale de lieux, à des espaces dépossédés de leurs sens et de leurs fonctions, abandonnés comme surpris à cet instant tangent, quelque part entre vie et mort, croissance et dépérissement, entre vie glorieuse et phase descendante sur le modèle des tragédies grecques. Il retranscrit avec esthétisme la chute vers une fin tragique. La série « Bokassa, la chute d’un tyran » c’est l’histoire de nos crises, l’histoire de nos politiques. Il dévoile l’envers, précipite l’existence du lieu d’une phase à l’autre, et avec lui celle des hommes.


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